« Prévenez vos voisins de votre absence. » Ce conseil revient chaque année dans les messages des polices romandes, avec celui de vider sa boîte aux lettres et de ne pas annoncer ses vacances sur les réseaux sociaux (polices romandes, 6 novembre 2025 ; Police genevoise, 26 octobre 2026). Un voisin attentif est l’une des protections les plus simples contre le cambriolage. Mais entre l’entraide et la « justice de quartier », la ligne est nette. Voici ce que disent les textes et les polices, et comment s’organiser sans la franchir.
Ce que la police encourage
Les recommandations officielles sont concrètes et modestes :
- informer ses voisins de confiance de ses absences prolongées et leur demander de relever le courrier (ge.ch) ;
- simuler une présence, par exemple avec une prise minutée ou une radio, et vider régulièrement la boîte aux lettres (Police neuchâteloise, 6 novembre 2025) ;
- appeler le 117 en cas de cambriolage en cours ou de soupçon, y compris lorsqu’il s’agit du logement d’un voisin.
Autrement dit : être présent, remarquer, appeler. Rien de plus, mais rien de moins.
Le modèle vaudois : Police-Population
Le canton de Vaud a formalisé cette idée dans le concept Police-Population. La Division prévention de la criminalité de la Police cantonale vaudoise, avec les polices régionales, informe par e-mail les membres des réseaux des délits commis dans leur commune et leur donne des conseils adaptés ; les membres relaient l’information dans leur commune. Le rôle des participants est de repérer les situations à risque, d’adopter les bons réflexes et de signaler à la police tout fait manifestement suspect (Police cantonale vaudoise, concept Police-Population).
Le document fixe aussi la limite, en une phrase : « Ce n’est ni un transfert de tâches ou de compétences policières, ni la constitution de milices ou de groupes de délateurs. » Il distingue le signalement d’un fait suspect, présenté comme un acte civique, de la délation, décrite comme un acte intéressé visant à nuire. L’inscription se fait auprès du gérant de sécurité de votre région.
Ce qui n’est pas permis, ou pas recommandé
Patrouiller, intervenir, poursuivre
Un réseau de voisins n’a aucun pouvoir de police. Les polices le répètent : face à une situation suspecte, on n’intervient pas, on ne suit personne, on appelle le 117 et on décrit ce que l’on voit. C’est aussi une question de sécurité personnelle : un cambrioleur surpris peut réagir de façon imprévisible.
Faire payer la surveillance
La surveillance ou la garde de biens pour des tiers, sous contrat de mandat, relève du Concordat sur les entreprises de sécurité, qui couvre ces activités qu’elles soient rémunérées ou non et soumet leur exercice à une autorisation préalable (art. 4 et 7, RSG I 2 14). Rendre service à un voisin qui part en vacances n’a rien à voir avec une entreprise de sécurité ; mais organiser des tournées de surveillance contre rémunération, ou proposer un service de garde, sort de l’entraide. Si vous cherchez un service professionnel, adressez-vous à une entreprise autorisée.
Publier des photos, des noms ou des descriptions
Publier dans un groupe de quartier la photo d’une personne « suspecte », sa description ou la plaque d’un véhicule expose à de graves erreurs, à des fausses accusations et à des atteintes à la personnalité. Ce que vous avez vu, transmettez-le à la police, qui est seule à pouvoir enquêter. C’est pour cette raison que StopCambriolage refuse automatiquement, dans les signalements comme dans les demandes d’entraide, les adresses, les descriptions de personnes, les origines et les plaques.
Filmer chez le voisin
Surveiller son propre terrain avec une caméra ne demande pas d’autorisation particulière. Mais si la caméra couvre une zone que d’autres utilisent aussi, ou peut filmer vos voisins, ceux-ci doivent être consultés au préalable, et toute personne filmée peut demander à voir les images qui la concernent et leur effacement (PFPDT, vidéosurveillance dans le voisinage). Voir notre article sur la caméra de surveillance et la loi.
Groupe WhatsApp de quartier : les bons réflexes
Beaucoup de quartiers s’organisent déjà sur une messagerie. Quelques règles évitent les dérives :
- Le groupe sert à s’entraider (courrier, plantes, prêt d’une minuterie), pas à désigner des coupables.
- Un fait suspect se signale d’abord au 117 ; le groupe n’est informé qu’ensuite, sans photo ni description de personnes.
- On n’y annonce pas les dates exactes de ses absences si le groupe compte des personnes que l’on ne connaît pas.
- On ne publie ni adresse complète ni code d’immeuble.
S’organiser sans exposer personne
Le réseau d’entraide de StopCambriolage a été conçu autour de ces limites. Chaque voisin s’inscrit avec un prénom ou un pseudo, sa commune et son NPA, et s’engage à respecter une charte : entraide bénévole, jamais de patrouille, jamais d’intervention, aucune adresse ni description de personnes en public. Une demande (« relever mon courrier du 20 au 27 », « me prêter une minuterie ») est visible par la commune ; quand un voisin propose son aide, son message vous est transmis par e-mail et c’est vous qui décidez de répondre et de donner votre adresse. Les demandes expirent seules, et un contenu signalé trois fois est masqué.
Pour être prévenu quand un cambriolage est signalé près de chez vous, abonnez-vous aux alertes de votre commune : un e-mail par signalement, sans adresse publiée, désabonnement en un clic. Et si vous êtes victime, après avoir appelé le 117, alertez vos voisins en une minute.
Avant de confier ses clés
L’entraide repose sur la confiance. Avant de confier vos clés, rencontrez la personne, convenez de ce qu’elle fera (courrier, volets, arrosage) et de ce qu’elle ne fera pas, laissez-lui un numéro où vous joindre, et préférez un voisin que vous connaissez déjà. Notre check-list voisinage vous aide à tout noter, et la check-list vacances à ne rien oublier avant de partir.
Questions fréquentes
Peut-on créer un groupe « voisins vigilants » en Suisse ?
Oui, s’entraider entre voisins et signaler un fait suspect à la police est encouragé par les polices romandes. Ce qui n’est pas admis : patrouiller, intervenir, publier des photos ou descriptions de personnes, ou proposer contre rémunération une surveillance qui relève des entreprises de sécurité autorisées.
Que faire si je vois quelqu’un de suspect chez un voisin ?
Appelez le 117 et décrivez ce que vous voyez, sans intervenir ni suivre personne. Ne publiez ni photo ni description en ligne : transmettez ce que vous avez vu à la police.
Le réseau d’entraide StopCambriolage est-il gratuit ?
Oui, pour les habitants. Il est financé par les professionnels référencés dans l’annuaire, toujours signalés comme tels.
- Polices romandes, journée de prévention des cambriolages (6.11.2025)
- Police genevoise, prévention des cambriolages (26.10.2026)
- Police neuchâteloise, communiqué du 6.11.2025
- Police cantonale vaudoise, concept Police-Population
- Concordat sur les entreprises de sécurité (RSG I 2 14)
- PFPDT, vidéosurveillance dans le voisinage
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